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Tango
Valérie Onnis
Daniel Darius

Les "fondamentaux" ou les "bases" du tango argentin

Dans nos stages et cours collectifs de tango argentin à Paris, comme dans nos workshops animés en France, une chose nous est essentielle : enseigner les "bases", ou les fondamentaux du tango. De plus en plus d'enseignants du tango argentin sont conscients de l'importance des aspects "basiques", "élémentaires" ou "fondamentaux" du mouvement pour la danse. Pour toute les danses, le tango inclus.

Cependant, la pédagogie du tango argentin, explorant ses "bases" ou ses "fondamentaux", est toute jeune. Contrairement à la danse classiques ou la danse contemporaine, l'histoire de l'enseignement des fondamentaux en tango est très récente. L'enseignant du classique ou du contemporain peut puiser dans une riche et profonde tradition pédagogique, alors que l'enseignant du tango se trouve plutôt seul : afin de transmettre les fondamentaux, elle/il doit concevoir, expérimenter et améliorer des pratiques pédagogiques, sans pouvoir puiser dans la tradition. Traditionellement, l'enseignement du tango est réduit à la transmission des figures, des consignes précieux sur l'abrazo..., et des consignes plutôt abstraits (gardez l'équilibre, déscendre les épaules, pivotez plus votre bassin, "oui, mais comment?").

Sur les pages qui suivent, nous présentons les bases fondamentales du tango argentin, tels que nous les concevons et enseignons, après une dizaine d'année de recherche et d'expérimentation. Cependant, leur vraie compréhension implique un travail de corps en corps dans nos cours. Les fondamentaux ne sont pas de recettes qui s'appliqueraient indifféremment à tout danseur, en dehors de l'appréciation et l'adaptation par un pédagogue expérimenté. Car, chaque corps est individuel, et chaque danse est originale.

Voici les aspects basiques que nous développerons* :

*Tout ce que nous présentons ici est protégé par nos droits d'auteur, déposés pour notre approche de la pédagogie du tango argentin, dont la version imprimée en livre sera publiée ultérieurement.

Le sens pédagogique et esthétique des fondamentaux

Ainsi, l'apprentissage de ce qui fonde le mouvement du tango s'avère difficile. En parler est une chose, l'enseigner et le pratiquer en profondeur une autre. L'apprentissage des fondamentaux demande toute une autre finesse pédagogique que la transmission des figures. Malgré ces difficultés, il nous semble d'autant plus important de rendre les fondamentaux accessibles à chacun - qu'il se juge, oui ou non, doué pour la danse, qu'il s'attribue un sens musical, ou qu'il soit à l'aise dans le contacte corporel.

Car le tango argentin est pour nous tout d'abord une danse populaire. La beauté du tango naît de sa simplicité, de la pureté et de l'allure personnelle de ses mouvements, de l'instant vécu. Ces qualités naissent des fondamentaux du tango. On sait que, dans tous les arts, simplicité et pureté s'acquierent en dernier.

Pour le pédagogue professionel, il y a ainsi une double tâche : ne pas priver la tanguera ou le tanguero de la finesse et de la profondeur des fondamentaux de la danse, tout en rendant leur apprentissage concret et simple.

Les fondamentaux sont donc intimement liés à la pédagogie de la danse en général : comment acquérir une posture juste ? comment créer un mouvement musical ? comment créer un abrazo sensible et vivant avec son partenaire... ?

Au au delà de ces questions pédagogiques, les fondamentaux revêtent ainsi un sens esthétique, et même existentiel : comment se rendre sensible à la beauté et la simplicité d'un mouvement juste ? Quelle relation créer dans la danse avec l'espace et avec autrui ? Ces sont les fondamentaux qui lient toutes ces questions.

5 dimensions fondamentales du tango argentin
la définition des fondamentaux à partir des "mouvements élémentaires"

Tout d'abord, il est important de comprendre que les bases ou fondamentaux du tango ne sont pas les figures : ni les figures simples ni les "figures de base", comme la salida ou le ocho. Il ne s'agit aucunement de figures ou de pas de danse.

Les fondamentaux du tango sont ce que l'on appele la "posture", la "présence", l"attitude du mouvement" ou le "mouvement intérieur". Ces qualités sont au fondement des figures, elles font naître les figures dans un style particulier. Les fondamentaux sont moins visibles que les figures, mais ils sont en même temps très concrèts, physiques.

Nous travaillons ces qualités intérieures de la posture et du mouvement selon 5 dimensions fondamentales :

  • 1. dimension - la verticalité de la danse  :
    • - comment s'ancrer dans le sol ; produire l'équilibre dans le mouvement ; créer, à partir du sol, le contact avec le partenaire ?
    • - comment ouvrir la danse vers le haut, s'élancer dans le mouvement ; créer cette double dynamique dans le corps qui établit la verticalité - à la fois vers le sol et vers le haut ?
    • Pour
  • 2. dimension - l'horizontalité :
    • - comment produire la dynamique d'un pas, le déplacement dans l'espace,  jouer entre l'équilibre et le déséquilibre ?
    • - comment lier la jambe de terre et la jambe libre ; créer le contact horizontal avec le partenaire dans l'abrazo ?
  • 3. dimension - la relation avec le partenaire :
    • - comment créer l'abrazo, comment intégrer le changement d'abrazo dans ma danse ?
    • - comment "guider" ou "suivre" ; quel relation entre activité et passivité, l'écoute et l'initiative, l'homme et la femme ?
  • 4. dimension - la musicalité de la danse :
    • - comment créer un mouvement musical ; est-ce la musique qui crée le mouvement, ou le mouvement la musique ?
    • - comment ouvrir la danse à l'interprétation musicale et à l'improvisation ?
  • 5. dimensions - la conscience de l'espace et l'improvisation dans le bal :
    • - comment adapter la combinaisons des figures à l'espace du bal
    • - comment ajuster l'improvisation musicale à la dynamique de son/sa partenaire, à la musicalité des autres couple dans le bal ?

Toutes ces dimensions fondamentales sont intimément liées : si par exemple je crée, dans le mouvement intérieur de mon corps, une bonne tension entre le sol et le haut (1. dimension), la qualité de l'abrazo va s'améliorer (3. dimension), et l'improvisation dans le bal sera plus claire et précise (5. dimension).

Les fondamentaux et le corps naturel

Nous habitons tous notre corps individuel, et notre tango sera toujours original. L'enseignement et l'apprentissage des fondemantaux doit en rendre compte. Notre corps individuel est est un mille-feuille entre notre "corps social", qui est formé de nos habitudes sociales, et entre notre "corps naturel", qui fut à l'état pur à notre première enfance, mais qui s'est transformé sur l'influence de notre corps social. Le corps social s'est superposé à notre corps naturel, comme une deuxième nature. Ainsi, tout travail sur les fondamentaux du mouvement, de la danse et particulièrement du tango, est un travail qui cherche à libérer notre corps naturel.

Ce corps naturel n'est pas un corps naturel en général. C'est le corps naturel de chacun, dans ses dimensions individuelles, qu'il s'agit de retrouver sous notre corps social. Le corps social - nos habitudes de posture et de mouvement - n'est lui-même pas un corps social en général. C'est "notre" corps social, formé sous l'influence de schémas et de normes sociaux, mais en fonction des particularités individuelles de notre corps naturel et de notre évolution, de notre biographie, uniques.

Nous comprenons maintenant le défi que l'enseignement des fondamentaux pose à la professionalité et la finesse du pédagogue du tango argentin. Nous comprenons que des corrections sommaires ou même individualisées, nécessairement isolées, ne sont pas aptes à vraiment faire entrer l'apprenti tanguera/o dans une dynamique qui permet de défaire les réseaux qui tissent les liens profonds entre notre corps social et notre corps individuel.

Comment enseigner et pratiquer les fondamentaux ?

Dans un mouvement naturel, les 5 dimensions fondamentale du tango sont unient, nous l'avons soulignés. Mais dans l'apprentissage, il est trop difficile, impossible même, d'aborder les 5 dimensions ensemble, de front. Pour enseigner et pratiquer les fondamentaux du tango, il est donc nécessaire, de les séparer d'abord ces 5 dimensions, pour les lier ensuite. Il est nécessaire de les séparer, de les décomposer, afin de simplifier le travail et de pouvoir pratiquer chaque dimension pour elle-même. Mais il est également nécessaire de les lier, afin de les intégrer dans un seul mouvement, dans une seule attitude de danse. C'est un va-et-vient entre décomposition et intégration des 5 dimensions qui rend accessible la difficile pratique des fondamentaux (cf. tout en bas la rubrique > comment pratiquer concrètement les fondamtaux?).

Les fondamentaux et l'importance de la "marche" ("caminata") dans le tango

La marche du tango, la "caminata" (prononcée "caminada"), est une marche rhythmé que le deux partenaires accomplissent ensemble. Cette fameuse "marche" qui implique dans un seul mouvement toutes les "bases du tango" (qui sont pour nous les cinq dimensions fondamentales).

C'est en ce sens que la marche est fondamentale pour nous. Par conséquent, il nous semble très juste de travailler les fondamentaux à partir de la marche - comme le fait Carlos Perez, un de nos maîtres du tango, à sa fameuse pratique de Sunderland. C'est en ce sens aussi qu'on peut observer un engoument, une "éloge de la marche" ces dernières années.

Nous avons cependant fait, dans nos cours et stage, l'expérience suivante : pour nombre de danseurs, qu'ils soient débutants ou plus avancés, il est difficile d'apprendre les fondamentaux uniquement à partir de la marche, de la caminata. Il est vrai que la caminata implique tous les fondamentaux ; mais elle est elle-même un mouvement complexe, composé de mouvements plus élémentaires.

Ainsi, la marche n'est pas le mouvment le plus simple, le plus élémentaire du tango. Elle joue un rôle intermédiaire : entre, d'une part les figures (simples ou complexes) et, d'autre part les mouvements élémentaires ou fondamentaux, que nous avons décrit en 5 dimensions ci-dessus. Bref, la marche est plus fondamentale que les figures, mais elle l'est moins que les mouvements élémentaires, intérieurs.

Dans nos cours, la pratique de la marche a une place importante, essentielle ; il nous semble pourtant vain de pratiquer la marche pendant longtemps sans travailler les 5 dimensions des fondamentaux, en les décomposant et en les intégrant.

D'autre part, il nous semble important de tavailler les fondamentaux indépendemment de la marche. C'est ici que les autres danses (classique et contemporaine) et les autres pratiques corporelles (yoga, Feldenkrais, energétique chinoise) nous viennent à l'aide.

Le rôle des autres danses et pratiques corporelles pour l'apprentissage des fondamentaux

Les autres danses et pratiques peuvent venir approfondir l'apprentissage des "bases" fondamentales du tango. Cependant, cela n'a pas lieu au niveau des formes : il ne s'agit pas pour nous de mélanger les formes du tango aux formes de la danse classique ou contemporaine, pour créer une danse hybride. Il ne s'agit pas non plus de pratiquer des formes de ces deux danses afin de mieux travailler les fondamentaux du tango, même si cela peut être très bénéfique. La danse classique, et plus particulièrement la danse contemporaine, que nous avons pratiquées auparavant, nous intéressent dans la mesure où elles proposent, elles aussi, un travail sur les fondamentaux du mouvement. Il en est de même pour les pratiques corporelles, comme le yoga et la méthode Feldenkrais.

Ce qui nous intéresse est le point suivant : ces danses et pratiques corporelles disposent d'une tradition d'enseignement des fondamentaux et d'un savoir-faire pédagogique bien plus anciens et plus développés que le tango argentin. Comparés à ces "disciplines", l'enseignement conscient et professionel du tango argentin est, comme nous avons dû le constater, à ses débuts, malgré la reconnaissance que nous portons à nos maîtres et enseignants. Nous nous sommes donc engagés dans un chemin de recherche, de réflexion et de pratique pour participer au développement d'une pédagogie du tango digne de ce nom.

Or, les autres danses et pratiques corporelles peuvent, par leur expérience et leur savoir-faire, inspirer et guider ce cheminement pédagogiques pour le tango argentin - sans pour autant devenir une référence absolu. Mais à une condition : chaque idée, chaque méthode, chaque exercice doit être adapté à la particularité de cette unique danse qu'est le tango argentin.

Pour savoir davantage sur la relation entre le tango et les autres danses (classique et contemporaine), telle que nous la concevons, vous pouvez consulter notre page dédiée. Il en va de même pour la relation entre le tango et les autres pratiques corporelles (yoga, méthode Feldenkrais, chi-gong).

Comment pratiquer concrètement les fondamentaux

Afin de donner une idée plus concrète de notre enseignement des fondamentaux, nous vous présentons quelques exemples d'exploration et d'exercice sur notre page > pratiquer les fondamentaux du tango argentin (page à venir). Ces exemples suivent notre division des fondemantaux en 5 dimensions (cf. ci-dessus).

Nous rappelons ici, comme nous l'avons déjà fait ailleurs, que cette pratique requiert l'enseignement et l'accompagnement d'un professionel compétent. Car rien n'est plus délicat et difficile à trouver que le placement juste du bassin, le relaché du poids vers le sol, l'élancement de la colonne - pour ne donner que l'exemple de la dimension verticale. Les exemples qui suivent servent d'illustration, mais leur pratique se fait difficilement sans l'apprentissage et l'accompagnement que nous donnons dans nos cours.